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Quand la réaction choque plus que l’injustice elle-même ....ou l’absence de conscience émotionnelle qui renverse les responsabilités.
Il est étonnant — et profondément troublant — de constater que, dans bien des situations sociales, ce n’est pas l’action nuisible ou injuste qui est condamnée, mais la réaction qu’elle provoque. En d'autres termes : celui qui agit mal passe souvent inaperçu, mais celui qui réagit vivement est mal vu.
Un exemple typique : une personne subit une attaque sournoise, un coup bas, une manipulation, ou une trahison. Si cette personne ose réagir avec colère, indignation ou fermeté, c’est elle qui sera souvent jugée comme "exagérée", "instable", voire "toxique". Le vrai problème — l’agression initiale — est souvent minimisé, ignoré ou justifié. Ce retournement est non seulement injuste, mais révèle des mécanismes humains bien ancrés :
1. La paix sociale prime sur la justice
Dans de nombreux milieux, préserver l’apparence d’harmonie passe avant le courage d’affronter les conflits. Celui qui dénonce une injustice est perçu comme un fauteur de troubles, même si sa parole est fondée.
2. Le rejet instinctif du "diseur de vérité"
Celui qui ose dire tout haut ce que les autres préfèrent ignorer met à mal les conforts mentaux du groupe. Plutôt que de soutenir la vérité, on se détourne de celui qui la proclame, surtout s’il le fait avec émotion.
3. La norme émotionnelle rigide
Exprimer de la colère ou de la tristesse de façon visible est souvent mal vu. La victime est jugée sur sa réaction émotionnelle, pas sur les faits. On attend qu’elle souffre en silence, "avec dignité", ce qui est une forme d’injonction violente.
4. L’inversion des responsabilités
Dans une logique perverse, c’est celui qui crie à l’injustice qu’on rend responsable du malaise ambiant. Celui qui agit mal est toléré, tandis que celui qui proteste est marginalisé. Le cri devient le problème, pas l’acte qui l’a provoqué.
5. Le confort du silence collectif
Beaucoup préfèrent se taire plutôt que prendre parti, par peur d’être impliqués ou rejetés eux aussi. Ce silence conforte le fautif et isole la victime. C’est le terreau idéal pour que l’injustice se répète.
Ce décalage entre l’acte nuisible et la réaction qu’il suscite révèle une immaturité collective face au conflit. Il est urgent de rappeler que nommer une injustice n’est pas un acte agressif, mais un acte de lucidité. Ce n’est pas le cri qui dérange, mais ce qu’il révèle. Et s’il dérange, tant mieux : c’est peut-être le début d’un réveil.

